"Un homme au physique étrange, costume et petit chapeau melon noir, déambule dans la rue. Il soulève la jupe d'une femme, lance du sable sur le visage d'un enfant en train de jouer dans un square, jette un pot de fleur d'un balcon et secoue le journal d'un homme assis sur un banc, tout en se plaignant d'être seul et incompris. Mais tout bascule le jour où quelqu'un lui fait enfin confiance. A la fin de ce spot publicitaire, on découvre que ce personnage intrigant n'est autre que le vent dont l'image est transformée avec l'apparition des éoliennes.
Cette campagne publicitaire allemande de l'agence Nordpol + Hamburg en faveur de l'énergie éolienne a été primée à Cannes à l'occasion du 54e festival international publicitaire qui s'est tenu du 17 au 23 juin. " L'idée est formidable, on est saisi, ému, cette campagne est incroyable", juge Stéphane Xiberras, coprésident de l'agence publicitaire BETC Euro RSCG et membre du jury. Au-delà de ses qualités créatives, ce spot illustre aussi la place prise par la thématique de l'environnement dans le milieu publicitaire.
"Pas question d'ignorer les questions écologiques auxquelles la population est de plus en plus sensible. Signe de cet intérêt : l'invitation faite par Young & Rubicam à l'ex-vice-président américain Al Gore d'évoquer son thème de prédilection, le réchauffement climatique, devant les publicitaires réunis sur la Croisette vendredi 22 juin. M. Gore a souligné le " rôle que peut jouer l'industrie publicitaire dont la puissance n'a jamais été aussi forte pour faire face à cette crise, l'une des plus graves pour l'humanité". Selon lui, "la valeur des marques va dépendre de l'attitude des entreprises face aux problèmes environnementaux. Celles qui auront un engagement véritable, authentique verront la valeur de leur marque croître, les autres risquent au contraire une destruction de cette valeur", avant d'ajouter que la population est très sensible " à l'authenticité des messages publicitaires".
De nombreuses entreprises, dans des secteurs comme le pétrole, l'énergie ou l'automobile, ont été épinglées par des associations de protection de l'environnement pour avoir abuser des arguments écologiques dans leur communication. La tentation de "l'éco-blanchiment" est grande. Entre le désir de se parer de "vertus vertes" et l'engagement réel de l'entreprise, la prudence s'impose. " Ce n'est pas un sujet qui concerne quelques marques. Toutes sont concernées. On a dépassé l'effet de mode pour se poser des questions de fond. Il ne s'agit plus uniquement de communication mais de conception même des produits", affirme Olivier Altmann, coprésident de Publicis Conseil..."
- Les créateurs publicitaires se mettent au vert et à l'environnement, Laurence Girard, Le Monde le 25/06/2007